La bienveillance envers les autres et soi-même

Je me rends compte de plus en plus que la bienveillance est primordiale pour moi, dans tous les domaines de ma vie : dans mon travail, dans mes relations avec mes proches, lors de mes échanges au quotidien avec autrui, dans les environnements que je fréquente et également envers moi-même.

La bienveillance, ça veut dire quoi ? Etymologiquement, la bienveillance est composée de bene (bien) et de volens/volentis (de bon coeur), participe présent de volo (vouloir). C’est donc le fait de vouloir, de bon cœur, le bien. Catherine Gueguen, pédiatre reconnue, explique que la bienveillance consiste « à porter sur autrui un regard aimant, compréhensif, sans jugement, en souhaitant qu’il se sente bien, et en y veillant. » Oui, mais elle élude ici l’aspect de la bienveillance envers soi-même, qui est tout aussi important.

J’ai décidé de CHOISIR véritablement la qualité du rapport que j’aime entretenir avec autrui et moi-même. Dorénavant, si je sens qu’une personne, qu’un groupe de personnes ou qu’un environnement me met mal à l’aise, ne respecte pas cette atmosphère enveloppante de douceur et d’amour, je fais le choix de comprendre les intentions cachées des individus, de m’en éloigner physiquement ou psychologiquement ou si ce n’est pas possible dans l’instant, de m’en protéger.

Idéalement, je rêve de rapports humains uniquement motivés par les élans sincères du cœur. Je pense que chacun peut réveiller ce « langage du coeur » dont parle Marshall Rosenberg (psychologue américain, créateur de la Communication Non Violente, 1934-2015), et le laisser s’exprimer au quotidien, à travers chaque échange, un simple regard, une discussion, une aide, une relation, une attitude. Je suis même persuadée que ce langage pourrait résoudre bien des maux. Cela peut paraître naïf aux yeux de beaucoup : comment le langage de l’amour et de la bienveillance pourrait résoudre les problèmes de notre société ? Parce que ce langage là, authentique et pur, traduit nos convictions intimes et notre être profond. C’est le langage de la liberté, de l’égalité, de la responsabilité, de l’empathie et de l’authenticité. Le langage qui juge, utilisé par la majorité, n’est quant à lui pas naturel, il est conditionné par notre égo, notre mental, nos peurs, nos croyances imposées par l’éducation, la société… C’est le langage de la guerre, de l’agressivité, de la rupture, de la tyrannie, de l’accusation.

La bienveillance dans mon rapport à l’autre

« Ce que je recherche dans la vie, c’est la bienveillance, un échange avec les autres motivé par un élan du cœur réciproque. » Marshall Rosenberg

A ce sujet, une anecdote de mon enfance illustre parfaitement ce que je souhaite aborder avec vous ici. Je me souviens très bien d’avoir beaucoup souffert de moqueries durant mon enfance et mon adolescence. En effet, j’étais loin d’être la fille populaire de l’école ou du collège : élève « intello », je portais des grosses lunettes, j’avais les dents en avant, je m’habillais et me comportais en garçon manqué et j’étais plutôt bien en chair ! Tout pour plaire ! Tous les jours, en classe ou dans l’enceinte du collège, on pouvait entendre des élèves qui s’écriaient « Garcia, CASTOR », « Garcia, HAMSTER », « Sale intello »… avec toutes les menaces, les jeux d’intimidation et de harcèlement qui en découlent.
Toute mon enfance, j’ai essayé de questionner les « bourreaux » sur leurs motivations, de protéger les « victimes » de harcèlement et de comprendre ce mécanisme qui me semblait absurde. Ma mère me conseillait de me défendre physiquement, de ne pas me laisser faire, mais c’était plus fort que moi, je ne pouvais pas répondre à la violence par la violence. Comment répondais-je naturellement ? Par l’amour… et ça marchait !

J’avais peut-être 12 ans et il pleuvait énormément ce jour-là. Ma mère pour une fois avait pu venir me chercher au collège en voiture et sur le chemin, nous avons croisé un des « bourreaux » à pied, complètement trempé. J’ai demandé à ma mère si elle pouvait le déposer chez lui pour lui éviter de marcher sous la pluie. Sans me poser de questions, elle s’est arrêtée et nous l’avons conduit jusqu’à sa porte. Je me souviens qu’il ne parlait pas dans la voiture alors que ma mère cherchait à discuter avec lui, « alors comme ça tu es dans la classe de Léa ? ». Le lendemain, il s’est approché de moi et timidement il m’a demandé : « pourquoi tu as fait ça hier ? ». « Parce qu’il pleuvait, c’est normal ». Depuis ce jour, il ne m’a plu embêtée. J’avais ressenti qu’il souffrait, il venait de perdre sa maman, il se sentait seul, il était peut-être en colère et il se déchargeait sûrement sur moi. Peut-être ne savait-il pas comment agir et communiquer différemment ?

Cette histoire m’a marquée. Je m’en souviens chaque fois que quelqu’un tente de me blesser. J’essaie de me relier à cette personne, de comprendre les intentions cachées, les besoins non assumés qui s’expriment au travers de la colère ou de la méchanceté. Lorsque je décide d’écouter les sentiments et les besoins d’autrui avec bienveillance et toute mon attention, je ne considère plus ces personnes comme des monstres, mais comme des individus qui ne savent peut-être pas s’exprimer autrement, ou du moins qui s’expriment avec les moyens qu’ils ont, sur le moment. J’ai constaté au fil du temps que cette bienveillance, liée à l’empathie, aide véritablement à déverrouiller certains rapports pour redonner vie à une conversation, à un échange constructif et positif.

La bienveillance dans mon rapport à moi-même

Cela ne veut pas dire pour autant que j’accepte tout ! Si la relation n’est pas importante pour moi, j’essaie de plus en plus d’épurer mon cercle de connexions, de choisir avec qui je veux partager un moment de sincérité et je privilégie l’authenticité avant tout. Pourquoi ? Parce que je me respecte et j’accorde maintenant de l’importance à ce qui me fait du bien et aux personnes qui sont amour et non jugement.

Ce respect de soi est pour moi primordial : comment peut-on espérer des autres qu’ils nous respectent si nous ne nous respectons pas nous-même ? Maintenant, j’essaie de soigner le rapport que j’entretiens avec moi-même, j’essaie de m’apporter de l’amour, de l’indulgence, de la compassion, de la compréhension. Depuis l’enfance, et certainement parce que j’entendais ça régulièrement autour de moi, je m’infligeais des sermons, des critiques désobligeantes. « Beurk, c’est quoi cette tête ce matin ?! », « je suis bête », « qu’est-ce que je suis nulle »… et j’en passe. Pourquoi nous infligeons-nous autant de pensées négatives envers nous-même ? Inconsciemment, nous nous imposons une véritable violence intérieure qui provoque honte, culpabilité, sentiment de faiblesse, désamour de soi… Par ce processus d’autoflagellation, nous oublions que nous sommes simplement et parfaitement uniques et nous tendons à nous haïr. Au lieu de nous faire des reproches lorsque nous pensons avoir mal agi, il peut être judicieux de se demander en quoi nous n’avons pas agi en harmonie avec notre nature ou nos propres besoins. Ainsi, plutôt que de nous déprécier, nous pouvons choisir de nous écouter avec bienveillance et d’évoluer vers un comportement qui correspond davantage à nos besoins et nos valeurs. Bannissons les « je dois », j’aurais dû » de notre communication interne, et optons plutôt pour le « je choisis de… » ! Et un jour, sûrement, nous pourrons nous dire : « Je m’aime enfin » !

 

Léa Garcia, coach au sein de Liberthérapie

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